samedi 8 juin 2013

Progrès technique et comptabilité de croissance

Dans quelle mesure le niveau de la production d’équilibre peut-il augmenter même lorsque l’accumulation du capital atteint ses limites ? La réponse à cette question renvoie à la contribution du progrès technique supposé exogène dans l’analyse de Solow. Pour un niveau de capital / tête donné, il est possible d’atteindre un palier plus importante en terme de production par tête $(y^*2>y^*1)$, ceci grâce au progrès technique neutre (graphique suivant).



A noter que la neutralité du progrès technique se définit selon 3 optiques :

  • Progrès technique A neutre au sens de Harrod : $Y = F(K, AL)$, Le progrès technique renforce la productivité du travail
  • Progrès technique A neutre au sens de Solow : $Y = F(AK, L)$, le progrès technique renforce la productivité du capital
  • Le progrès technique A neutre au sens de Hicks : $Y = AF(K,L)$, le progrès technique renforce la productivité de l’ensemble des facteurs de production.

Il sera toutefois démontré plus tard, à travers les nouvelles théories de la croissance, que le progrès technique peut être endogène du fait de l’accumulation du capital. En effet, des formes d’apprentissage se développent dans la dynamique même de l’accumulation. L’accumulation du capital génère des externalités positive dont profitent les agents producteurs. Ainsi, le rendement du capital ne se limite plus uniquement à son rendement privé. L’accumulation induit à la fois un rendement privé et un rendement social, le rendement social s’apparente à des externalités technologiques positives.

L’analyse néoclassique de la croissance permet toutefois de mettre en évidence la contribution du progrès technique à la croissance de la production au terme d’une comptabilité de croissance simple :

Supposons une technologie de production de type Cobb-Douglas à rendements d’échelle constants représentée par la fonction de production suivante : $$Y = A K^{\alpha} L^{1-\alpha} ; \ 0 < \alpha <1, \  A>0$$

En introduisant les variations, on obtient : $$\frac{\Delta Y}{Y}=\frac{\Delta A}{A}+\alpha \frac{\Delta K}{K}+(1-\alpha)\frac{\Delta L}{L}$$

D’après cette expression, il apparaît que le taux de croissance de la production s’explique en partie par les variations pondérées des facteurs de production K et L auxquelles s’ajoute la variation du progrès technique neutre A. Le premier terme de droite désigne la variation de la productivité globale des facteurs (PGF), autrement dit, la contribution à la croissance de la production qui n’est pas expliquée par l’accroissement des quantités de facteurs de production K et L.

Accumulation du capital et croissance

Au sens de Solow, la croissance économique se traduit par un accroissement du revenu par tête ou de la production par travailleur. Considérons une technologie de production utilisant deux facteurs de production : le capital (K) et le travail (L).

$Y = F(K,L)$ , Y production ou production agrégée.

La technologie de production représentée par cette fonction est à rendements d’échelle constants (une des conditions de la concurrence parfaite). Il s’agit donc d’une fonction homogène de degré 1.

Sous l’hypothèse d’homogénéité de degré 1, l’expression de la fonction de production peut être formulée en ces termes : $$\frac{Y}{L} = F(\frac{K}{L}, 1)$$
$\frac{K}{L}$ étant l’intensité capitalistique ou le capital par tête et $\frac{Y}{L}$ la production par travailleur qui s’interprète comme le PIB / tête. En notant $\frac{K}{L} = k$ et $\frac{Y}{L} = y$, on a : $$ Y = f(k)$$
Dans la théorie néoclassique, la croissance économique est possible grâce à l’accumulation du capital. Plus le stock de capital augmente, financé par l’épargne, plus la production augmente. Mais à un certain moment, une unité de capital en plus génère de moins en moins d’unités de production : on parle alors de rendements marginaux décroissants du facteur capital. La décroissance des rendements marginaux débouche, in fine, sur une situation où la production n’augmente plus. L’économie atteint alors l’état stationnaire.

Analytiquement, le raisonnement de Solow se présente ainsi :

  • Soit $C = cY$, une fonction de consommation agrégée avec $c$ qui représente la propension marginale à consommer et $Y$ le revenu.
  • $S = Y – C$ : l’épargne étant égale à la différence entre le revenu et la consommation : on peut écrire $S = s Y$ , avec $s = 1-c$, $s$ étant la propension marginale à épargner
  • L’offre de travail (des ménages) augmente dans le temps au même taux que le taux de croissance de la population supposé constant et valant $n \ : \ \frac{dL/dt}{L}=\frac{\dot{L}}{L}=n$;

Dans le modèle, l’équation fondamentale d’accumulation du capital (au cours du temps) s’écrit :
$\dot{K}\equiv \frac{dK}{t}=1-\delta K$ ; $\delta$ représente le taux de dépréciation du capital, I représente l’investissement (FBCF) et K le stock de capital.

Lorsque l’économie est en équilibre, on a, dans le cas d’une économie fermée (absence d’importations et d’exportations), égalité entre les ressources et les emplois :

$$\begin{eqnarray}Y &=& C + I \\ \Longrightarrow  S &=& I \Longrightarrow I = s Y \end{eqnarray}$$

L’équation fondamentale d’accumulation du capital s’écrit alors : $$\dot{K}=sY-\delta K$$
Pour exprimer cette équation en données par tête, on a d’abord : $\frac{\dot{k}}{k}=\frac{\dot{K}}{K}=\frac{\dot{L}}{L}$
$$\frac{\dot{k}}{k}=\frac{sY-\delta K}{K}-\frac{\dot{L}}{L}$$
Or, par hypothèse, $\frac{\dot{L}}{L}=n \Longrightarrow \frac{\dot{k}}{k}=\frac{sY}{K}-\delta -n$;
On a alors : $$\begin{eqnarray}\frac{\dot{k}}{k} &=& \frac{sY}{K}-\delta -n \\ \Longrightarrow \dot{k} &=& s*f(k)-(\delta +n)k \end{eqnarray}$$


A l’état stationnaire, $\dot{k}=0$. Cela implique que le stock optimal de capital $k^*$ est atteint et la production / tête est à son niveau d’équilibre stationnaire ($y^*$). L’illustration du modèle de Solow est donnée par le graphique qui précède.

En marge du modèle de Solow, il y a deux résultats importants qui peuvent être dégagés : en ce qui concerne l’accroissement de la population, l’analyse de Solow permet de démontrer qu’une population grandissante n’est pas pour servir la croissance économique. La démonstration peut être faite graphiquement.





Il apparaît d’après le graphique précédent que lorsque la population croît à un taux n’>n, le niveau de la production d’équilibre passe de $y^*$ à $(y^*)’$ tel que $(y^*)’ < y^*$.

Pour ce qui est de la contribution de l’épargne, l’effet inverse est constaté. Si la propension marginale à épargner augmente passant de $s’$ à $s \ (s’>s)$, alors cela servira l’accumulation du capital et par conséquence favorisera l’accroissement du niveau d’équilibre de la production qui passera de $y^*$ à $(y^*)’’$. C’est ce qu’illustre le graphique qui précède.

La croissance du PIB

On parle de croissance du PIB lorsqu’il y a variation positive de la richesse créée dans une économie au cours d’une période donnée. A l’inverse, si la richesse varie négativement, on parle plutôt de récession.

Toute économie peut observer des périodes de croissance, des périodes de ralentissement de la croissance voire des périodes de récessions. Ainsi, l’économie américaine a connu une période de grande récession au début des années 1930 suite une crise financière qui a débouché sur une crise économique caractérisée par une surproduction (entreprises) et une insuffisance de la demande (ménages). Les économies européennes ont connu des périodes de boom économique après la deuxième guerre mondiale observant des taux significatifs de croissance du PIB. L’effort de reconstruction, indispensable à la sortie de la deuxième guerre mondiale, et la soif de consommation des ménages (société de consommation) ont fortement contribué à la fameuse période dite des trente glorieuses.

L’avènement des premiers chocs pétroliers des années 1973 et 1974 a toutefois perturbé les économies nationales. L’accroissement du prix du pétrole a négativement affecté l’offre des biens (choc négatif d’offre) engendrant un affaiblissement de la croissance du PIB notamment pour les pays non producteurs de pétrole.

Aujourd’hui, on assiste à des disparités au niveau des taux de croissance du PIB. Nonobstant les pays producteurs de pétrole, les disparités de croissance semblent dans une large mesure liées à l’avancée technologique des pays. Les écarts de progrès technique semblent assez fortement corrélés aux différences observées aussi bien dans les niveaux du PIB que du PIB par tête entre les pays qui ont une maîtrise technologique et ceux qui ne l’ont pas. La croissance du PIB semble également être de plus en plus affectée par les échanges internationaux de biens et services si on se place notamment dans l’optique de la croissance tirée par les exportations (export led growth).

Il n’en demeure pas moins que la conjoncture économique internationale (baisse de la demande internationale et des échanges mondiaux), les événements politiques ou autres (guerres, terrorisme international) ou encore la conjoncture climatique (sécheresse, catastrophes naturelles) influencent (négativement) la croissance du PIB. Enfin les choix de politique économique peuvent aussi intervenir en faveur (ou en défaveur) de la croissance. On pense de plus en plus aujourd’hui que le choix d’un euro fort explique la faiblesse de la croissance dans l’espace européen.

Les sources de la croissance

Sur la question des sources de la croissance, les sciences économiques proposaient au départ (jusqu’à la fin des années 1950) un premier débat contradictoire. En effet, ce débat opposait deux courants de pensée : le courant keynésien et le courant classique.

Pour John Meynard Keynes (1936), c’est la stimulation de la demande qui permet d’accroître l’offre. L’augmentation de l’offre s’interprète comme de la croissance économique puisque c’est la production qui augmente. Le niveau de la production atteint alors son niveau de plein emploi, autrement dit le niveau qui permet l’emploi de toute la main d’oeuvre disponible.

Au départ, le niveau de la production correspond à un niveau de sous emploi. L’économie observe un chômage important, chômage de nature involontaire, ce qui implique un déséquilibre du marché du travail bien que les autres marchés à savoir le marché des biens et services et le marché de la monnaie soient en équilibre. L’intervention de l’Etat est dans ce cadre nécessaire. Cette intervention est envisageable à court terme. Elle consiste à stimuler la demande, autrement dit à augmenter le niveau de consommation des ménages et le niveau d’investissement des entreprises. Pour stimuler la consommation des ménages, l’Etat peut décider d’embaucher des personnes au chômage. Le financement de cette embauche se fera moyennant l’augmentation des dépenses publiques. L’Etat peut également opter pour une baisse de la fiscalité sur les revenus des ménages. Ainsi, les ménages disposant de plus de revenu peuvent consommer davantage.
En revanche, pour stimuler les investissements, l’Etat doit plutôt augmenter la quantité de monnaie disponible dans l’économie. Ce faisant, il baisse le coût du crédit (taux d’intérêt) ce qui permet aux entreprises d’investir et d’augmenter leurs capacités de production.

L’utilisation des instruments de la politique économique que sont les dépenses publiques, la fiscalité et la monnaie entre dans le cadre des politiques économiques dites de stabilisation. Chaque fois que l’économie observe des fluctuations (chocs négatifs d’offre ou de demande), les pouvoirs publics interviennent pour stabiliser l’économie en ayant recours à ces instruments. A noter que l’Etat peut utiliser simultanément les instruments budgétaire et monétaire pour la relance de la demande. Ce faisant, on dit que l’Etat opte pour un policy mix, choix qui permet notamment d’éviter l’effet d’éviction sur l’investissement (hausse du taux d’intérêt) résultant de l’augmentation des dépenses publiques. Une offre monétaire expansive peut en revanche conduire à la baisse du taux d’intérêt et à l’élimination de l’effet d’éviction.

Prise dans le contexte de son développement qui correspond à la période de l’après crise de 1929, l’analyse keynésienne n’était pas pour convaincre les économiste de la mouvance classique. Le courant classique, déjà opposé à toute forme d’intervention de l’Etat dans l’économie, considère que la politique économique est inefficace aussi bien à court qu’à long terme. Pour les classiques, il n’est nullement besoin que l’Etat intervienne pour corriger les déséquilibres car, tout déséquilibre se résorbe de manière automatique grâce au principe d’une parfaite flexibilité des prix et des salaires. S’appuyant sur le cadre théorique de l’équilibre général défini par Léon Walras, le courant néoclassique donnera la démonstration que l’économie ne peut pas connaître de situation de déséquilibre : quand le marché des biens et services et le marché monétaire sont en équilibre (hypothèses de départ de Keynes), le marché du travail est automatiquement en équilibre. Il s’agit de la loi de Walras qui analytiquement se présente comme suit :

En supposant que l’économie comporte 3 marchés, on alors : $$\sum_{i=1}^3 P_i (D_i -O_i )=0$$
$P_i$ étant le prix du bien ou de l’actif $i \ (P_i>0), \ D_i – O_i$ représente la demande excédentaire du bien ou de l’actif i. Les prix étant strictement positifs, si les demandes excédentaires sur deux marchés de deux biens sont nulles, autrement dit, les deux marchés sont en équilibre, alors le troisième marché l’est automatiquement. Dans un raisonnement en équilibre général, la loi de Walras est toujours vérifiée car elle découle de l’équilibre ressources = emplois.

Compte tenu de la loi de Walras, il n’y a donc aucun chômage possible sauf si les agents se mettent volontairement au chômage. Cela implique qu’il n’existe aucune raison qui justifie que l’Etat intervienne en optant pour des choix de politique économique afin de stimuler la demande et générer de la croissance. A noter au passage que pour un autre économiste classique, Jean Baptiste Say, la stimulation de la demande n’a aucun fondement puisque tout offre créée sa propre demande.
Que propose alors le courant classique sur la question des déterminants de la croissance ? La réponse viendra de l’oeuvre de l’économiste néoclassique Robert Solow (1957), oeuvre intitulée « théorie de la croissance économique».

vendredi 7 juin 2013

Définition et approches du PIB : Approche des dépenses

Le PIB (à ne pas confondre avec la PIB qui est la Production Intérieure Brute) se définit comme étant une mesure de l’ensemble de la richesse créée dans un pays pendant une période donnée.

L’approche des dépenses repose sur l’équilibre ressources = emplois, sachant que les ressources financent des emplois.

$$\begin{eqnarray} Ressources &=& Emplois \\ \Longrightarrow \ \ \ \ \  PIB + M &=& CF + FBCF + S + X \end{eqnarray}$$

Avec :
CF = consommations finales des ménages et de l’administration :
CF = Cprivée (consommation des ménages) + Cpub (consommation publique).
FBCF = Formation brute de capital fixe, notée I. Il s’agit du flux d’investissements réalisé au cours d’une période donnée. La FBCF représente également les acquisitions d’actifs fixes (corporels ou incorporels) nettes des cessions. La FBCF représente dans ce cadre les investissements des entreprises (machines et équipements) et les investissements des ménages (essentiellement dans le logement).


S = Variations des stocks ($I_s$) : Elle correspond à la différence entre biens achetés et biens vendus au cours d’une année. On parle alors d’accumulation des stocks. En fait, si la production excède les ventes, il y aura une accumulation positive de stocks. Si la production est inférieure aux ventes, on parle alors d’accumulation négative. Les économistes font en général abstraction de la variation des stocks ce qui implique que l’intégralité de la production d’une année est vendue.

En définitive, on a : $I_B = FBCF +$ variation des stocks ;     $I_B$ = investissement brut

X- M = exportations nettes autrement dit la différence entre exportations (X) et importations (M). X-M s’interprète aussi comme les dépenses réalisées par le reste du monde dans l’économie domestique.

Finalement, la définition du PIB selon l’approche des dépenses implique :

PIB = Cprivé + Cpub + I + X - M

Définition et approches du PIB : Approche du revenu

Le PIB (à ne pas confondre avec la PIB qui est la Production Intérieure Brute) se définit comme étant une mesure de l’ensemble de la richesse créée dans un pays pendant une période donnée.

PIB = ($\sum$ Revenus des facteurs de production) + impôts indirects nets de subventions


Quels sont d’abord les revenus des facteurs? A l’échelle macroéconomique, on distingue deux types de revenus : Le revenu des ménages (revenu du travail) et le revenu des entreprises (revenu du capital).

Le revenu des ménages est essentiellement constitué des salaires versés aussi bien par les entreprises que par l’administration :

Revenu du travail = salaires versés par les entreprises + salaires versés par l’Etat

Le revenu du capital est constitué par l’excédent brut d’exploitation (EBE). L’EBE peut être approximé par le profit net de charges salariales et d’impôt indirects nets de subventions d’exploitation :

Revenu du capital = EBE

En tenant compte des impôts indirects nets de subventions (IINS), et en éliminant la PISB, on obtient:

PIB = somme des salaires versés + EBE – PISB + Impôts indirects - subventions

Définition et approches du PIB : Approche de la production

Le PIB (à ne pas confondre avec la PIB qui est la Production Intérieure Brute) se définit comme étant une mesure de l’ensemble de la richesse créée dans un pays pendant une période donnée.

L’approche de la production se base sur la notion de valeur ajoutée. Par définition, la valeur ajoutée est la différence entre la production et les consommations intermédiaires. Il existe deux types de valeur ajoutée : La valeur ajoutée du secteur marchand et la valeur ajoutée du secteur non marchand. Le secteur marchand est le secteur de l’économie où la production des biens et services obéit à la loi de l’offre et de la demande. Le secteur non marchand est le secteur de l’économie qui fournit des biens et services non marchands : il s’agit pour l’essentiel des prestations fournies par l’administration à titre gratuit ou quasi-gratuit.

La PIB = $\sum_j VA_j$ = valeur ajoutée du secteur marchand

Mais la PIB n’est pas égale au PIB qui est le produit intérieur brut. Il faut donc ajouter une autre composante à la PIB. Cette composante est la valeur ajoutée du secteur non marchand. Elle se détermine de la manière suivante :
On approxime la production du secteur non marchand par la consommation publique :

Consommation publique = Consommation intermédiaires de l’administration + salaires versés aux fonctionnaires de l’Etat.


$\Longrightarrow$ Production du secteur non marchand = Consommation intermédiaires de l’administration + salaires versés aux fonctionnaires de l’Etat

$\Longrightarrow$ Salaires versés aux fonctionnaires de l’Etat = Valeur ajoutée du secteur non marchand
d’où : PIB = La PIB + VA du secteur non marchand

d’où : PIB = La PIB + VA du secteur non marchand

 $\Longrightarrow$ PIB = Valeur ajoutée du secteur marchand + valeur ajoutée du secteur non marchand

On peut se limiter à cette définition du PIB selon l’approche de la production12. Toutefois, puisque la valeur ajoutée du secteur marchand incorpore la production imputée de services bancaires (PISB) qui se traduit par la marge sur les intérêts perçus sur les crédits et les intérêts versés, PISB est de ce fait retranchée du PIB. Par ailleurs, comme les importations sont évaluées en CAF (coûts assurance et frêt), les impôts sur les importations sont ajoutés au calcul du PIB. D’où :


PIB = somme des valeurs ajoutées – PISB + impôts sur les importations

Population et analyse économique

Il faut revenir à la pensée Malthusienne pour situer l’importance de la variable population, ou plus largement de la démographie, dans l’analyse économique. Contemporain d’un célèbre économiste de la pensée libérale David Ricardo, Thomas Robert Malthus (1766-1834), pasteur de profession, avait déjà souligné les conséquences de la croissance de la population sur l’économie d’un pays.

Malthus soutenait l’idée que si la population a tendance à croître de manière géométrique (ou exponentielle) la production agricole, elle, ne peut augmenter que de manière arithmétique (par addition). L’interprétation géométrique ou exponentielle de la croissance de la population découle du raisonnement analytique suivant:

Soit $P_0$ la population en $t=0$, soit $g$ le taux de croissance de la population.
$P_1 = P_0 + gP_0 = P_0 (1 +g)$ ; par récurrence, on obtient $P_t = P_0(1+g)^t$
En introduisant le logarithme népérien, on a $LnP_t = LnP_0 + t Ln (1+g)$
Or $Ln (1+g) ≈ g$ pour $0< g <1$, d’où
$LnP_t = LnP_0 + g*t$ ; en utilisant l’exponentielle, on a : $$P_t=P_0 e^{g*t}$$

La conséquence immédiate d’un accroissement plus important de la démographie par rapport à la production agricole se traduit par une forte demande des produits agricoles entraînant ainsi l’accroissement de leur prix (prix du blé essentiellement). Partant de cette logique, Malthus était contre toute forme d’aide aux pauvres, raisonnement qui peut heurter la conscience et qui apparaît en contradiction avec les vertus morales qu’exige sa profession.

En fait, Malthus considérait qu’en aidant les pauvres, cela les encouragerait à procréer davantage aggravant encore plus le déséquilibre entre population et production agricole. Le cynisme malthusien sur l’aide aux pauvres n’a pas été certes suivi par les économistes, ni même d’ailleurs le fort ancrage de sa thèse aux valeurs morales. C’est avant tout le contexte de sa genèse qui avait une importance fondamentale pour les partisans de l’économie des capitalistes et en particulier pour David Ricardo qui voyait dans l’augmentation du prix des produits agricoles une menace pour les capitalistes.

A une époque où l’économie était plutôt à dominante agraire, l’explication fournie par Ricardo consistait à étudier la situation de trois agents : les travailleurs des champs, les capitalistes qui louent la terre pour cultiver le blé et les propriétaires fonciers. Lorsque le prix du blé augmente, les travailleurs vont réclamer des salaires plus élevés. Les propriétaires fonciers vont pour leur part réclamer une rente plus élevée, les espaces cultivables devenant de plus en plus rares.

Dans ces conditions, la rémunération du capitaliste, rémunération sous forme de profit, baisse car les coûts vont augmenter (du fait de la rémunération accrue des facteurs de production travail et terre). Finalement, si le profit baisse, c’est la génération des capitalistes qui est menacée et ainsi, toute l’économie peut en pâtir. En effet, la baisse du profit entraîne la baisse de l’investissement et la faiblesse voir l’annulation de l’accumulation du capital. L’économie aurait alors une croissance zéro.

Au-delà des théories partisanes, l’accroissement de la population n’est pas toujours pour servir l’intérêt des pays car, comme le soutenait Vilfredo Pareto (1927), célèbre économiste de l’école de Lausanne et prix Nobel d’économie « la meilleure manière de favoriser la reproduction des hommes est de leur assurer un certain degré de bien-être ». Il poursuit plus tard en affirmant que « comme compensation du coût de production de l’homme, il y a le plaisir et les avantages que les parents retirent de la conception et de l’existence des enfants. ».

Bien que motivé par des considérations de bien-être, objectif essentiel de l’économie politique, le discours parétien conduit également à envisager les arbitrages dans la fécondité, arbitrages qui peuvent sembler ici de type avantages – coûts. On retrouvera d’ailleurs cette optique de l’arbitrage dans les travaux pionniers de Herbert Leibenstein, et plus tard dans les travaux à fondement microéconomique de Gary Becker (école de Chicago), prix Nobel d’économie, travaux dans lesquels l’auteur soutient que la demande d’enfants décroît en fonction des coûts de l’éducation de l’enfant.

In fine, doit-on voir dans la thèse de Malthus comme dans l’analyse coût -avantage la traduction d’une menace sur l’humanité du fait de l’expansion / récession démographique ? Bien que cette question ait été tranchée par d’illustres économistes tel Alfred Marshall (école de Cambridge) qui, dans les principes de l’économie politique, voyait dans l’accroissement de la population une source d’efficacité et une des sources du progrès, le contexte actuel pousse vers une réflexion moins tranchée sur l’équilibre démographie – économie.

Des expériences concrètes permettent certes de penser que cet équilibre est possible notamment si on se réfère aux pays qui ont su concilier croissance économique et croissance démographique indispensable mais encadrée par un dispositif de mesures sociales d’accompagnement.

Sur le plan théorique, il a été question d’envisager l’équilibre démographie – économie sous l’angle de la taille optimale de la population. Ayant fait auparavant l’objet d’une réflexion théorique comme l’illustre les graphiques ci-dessous qui suivent, la mise en évidence d’une taille optimale de la population risque néanmoins de déboucher sur un leurre scientifique si la population, et par ricochet le travail, sont isolés des interactions capital – travail (substituabilité ou complémentarité), deux facteurs indispensables à toute technologie de production.

En augmentant la population, on peut augmenter la main d’oeuvre et pour peu que les rendements marginaux ne soient pas décroissants, la production peut continuer à augmenter. Toutefois, si les rendements sont décroissants et/ou que la production devient fortement mécanisée ou intensive en capital, le besoin de main d’oeuvre non qualifiée baisse et la demande d’enfants devrait alors, à l’instar des réflexions de G.Becker, baisser en quantités pour s’améliorer en qualité.

En tout état de cause, rien ne permet aujourd’hui, à quelques exceptions près, de vérifier empiriquement que les pays qui restreignent la fécondité sont ceux qui atteignent les niveaux de vie les plus élevés. Il n’est pas dit non plus qu’une population grandissante soit la cause principale de la misère d’un continent comme l’Afrique, continent certes surpeuplé mais dont certains des pays qui le composent arrivent tant bien que mal à stabiliser leurs revenus grâce au développement de l’agriculture et en dépit d’un échange international qui leur est « institutionnellement » défavorable. Enfin, le cas européen apparaît assez révélateur de l’importance de la question démographique puisque avec une population de plus en plus vieillissante, ce continent a besoin de revenir à des taux de fécondité lui permettant le renouvellement souhaité des générations.

En conclusion, il semble qu’un consensus sur la question démographique se dégage quant aux solutions à préconiser. Ces solutions résident pour l’essentiel dans le respect des seuils d’augmentation de la population. Et pour terminer cette section sur une note optimiste, il serait utile de se référer au cas du Brésil à propos duquel, Chambon disait en 1975 :« la jeunesse de la population est l’un des atouts majeurs du pays ; elle explique pour une part le dynamisme brésilien. Seul un peuple numériquement important et économiquement actif pourra donner à l’économie du pays le grand marché dont elle a besoin ». Il n’a peut être pas tort aujourd’hui !